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Phobies

  Phobies phobiesApopathodiaphulatophobie !

Ce mot terrible, effrayant, interminable venait de claquer à mes oreilles comme un vent sec et rude de petit matin de janvier. L’homme se redressa, rajusta sa veste d’un geste vif, referma sa sacoche de cuir noir, me salua en accentuant ce petit air inquiet et songeur qui fit naître sur son visage sombre d’horribles rides presque noires. Il quitta la pièce d’un pas décidé. La porte claqua derrière lui. Sèchement. Puis, le silence… Un silence angoissant, oppressant, déstabilisant. Un silence semblable à ceux qui précédaient jadis mes redoutables crises de claustrophobie.

Seul… Je me retrouvais seul dans mon immense appartement. Euh ! Immense… Pas tant que cela depuis mon départ, il y a deux ans déjà d’un superbe loft de cent-vingt mètres carrés suite à une terrible apiphobie (peur des abeilles et des piqûres) évoluant vers une bélénophobie (peur des aiguilles)  et suivant un début d’arachnophobie  (peur des araignées) se transformant peu à peu en une plus familière entomophobie (peur des insectes) liées sans doute à la présence, au cœur même de mon appartement, d’un authentique et superbe jardin d’hiver.

C’est ainsi que depuis quelques semaines, je dépérissais à vue d’œil. Je n’avais pas envie de manger et encore moins de quitter mon petit pied-à-terre car voilà qu’une belle trouille de la foule (ochlophobie)  m’empêchait littéralement  de sortir et me clouait maintenant au fond de mon lit sous une épaisse et rassurante couette de satin noir.

Je venais d’expliquer au médecin que tout avait, me semblait-il,  commencé par une grosse enduophobie (peur de s’habiller et des vêtements) suivie ou précédée, je ne savais plus, par une agoraphobie (peur des lieux publics) liée à une espèce de zoophobie (peur des animaux) qui me procurait de terribles maux de ventre chaque fois qu’il m’arrivait de croiser un chien (cynophobie) et surtout un chat. Car, mon ailourophobie me torturait alors pendant des mois. Sales chats dont je partageais pourtant une peur : l’hydrophobie (la peur de l’eau) depuis ma plus tendre enfance.

Assez curieusement, les oiseaux semblaient ne pas trop me contrarier  bien que les pigeons, surtout les ramiers, exerçaient encore sur moi une incroyable répulsion se traduisant parfois par une terrible allergie durant deux ou trois jours. Et là, mon acarophobie (peur des parasites de la peau) reprenait le dessus et je me grattais alors parfois jusqu’au sang. J’entrais alors dans d’interminables périodes de germophobie et de mysophobie (peur des germes et de la contamination par les microbes).

J’évoquais plus haut ma « tendre » enfance pour la beauté du récit, car mon enfance ne demeura, elle aussi,  qu’une suite de peurs contenues : peur de marcher, de manger, des inconnus, de grandir, ou plus banalement…de sucer mon pouce.

Je n’étais fier que de ma peur du noir ( achluophobie) que je partageais, ainsi que le même âge,  avec ma douce cousine Fobie, une charmante gamine qui courut et suça son pouce bien avant moi.

Je dois à ce stade, préciser que, contrairement à moi qui à peine sorti du berceau souffrait déjà sans doute de créatophobie (peur de la viande), ma petite Fobie en grandissant ne crachait pas sur la viande. Elle ne mangeait pas mais engloutissait régulièrement des morceaux de toutes tailles. D’ailleurs, ma tante disait souvent en évoquant sa fille Fobie: « elle a une sacrée santé la petite ! »

Je grandissais, enfin si j’ose dire, dans l’ombre de cette cousine accueillante et, selon le principe universel des vases communicants, elle me transmit sans tarder le reflet obscur parfait de ses doux caprices. Désirait-elle manger une gaufre à la crème et voilà qu’elle m’en léguait aussitôt un dégoût profond et une répugnance souvent définitive.

Je crois avoir tout fait pour vous amener à comprendre que ma petite Fobie s’abandonna corps et âme, assez tôt lors de son adolescence, aux doux plaisirs de la vie, si bien que selon le redoutable principe des vases communicants déjà évoqué, vous comprenez sans doute beaucoup mieux à présent, l’origine et l’ampleur de mes problèmes de santé. Mes peurs, négatives, compensant, ou essayant vainement  de compenser, les joies et les désirs plutôt positifs, eux, de mon ardente cousine.

Autant vous avouer qu’aux premiers émois de la petite, sitôt qu’elle s’envoya en l’air, non pas avec un aviateur mais avec un commis boucher, je devins malgré tout le jour suivant, aérodromophobe  (peur de l’avion,) par un principe de compensation pourtant assez peu évident.

Puis, Fobie découvrit les sorties nocturnes avec copains, copines, au moment de mes premières nyctophobies  (peur de la nuit) et du retour soudain de mon achluophobie (peur de l’obscurité) mêlée d’un zeste de kénophobie (peur du noir) avant de commencer à boire plus qu’à l’accoutumée, période où j’ai moi-même été atteint d’une pénible et très handicapante  urinophobie (peur d’être pris d’une soudaine envie d’uriner).

De souffrances en souffrances, je commençais à en vouloir bougrement à cette sacrée cousine sur qui, selon le célèbre adage populaire, seul le train n’était pas passé. Que n’avais-je point fait ? Voilà qu’à présent,  je souffrais d’une incompréhensible sidérodromophobie (peur du train), longtemps confondue avec une sidérophobie (peur des étoiles), vu que ne regardant plus passer les trains, il m’arrivait souvent de regarder avec passion le ciel en guise de compensation.

De phobies en phobies, ma vie devint impossible et j’arrivais ainsi sans la fréquenter à deviner les moindres faits et gestes de ma chère cousine. Puis arriva le moment terrible où ma peur incessante d’être malade (nosophobie) me rendit  en vérité plus durement encore souffrant.

Par un matin angoissant, un médecin diagnostiqua même une terrible pantophobie (peur de tout) qui, soignée par malheur trop tardivement,  évolua de façon naturelle vers la délicate phobophobie.

J’avais désormais peur d’avoir peur. Et cette peur là, aux dires des plus grands spécialistes de la peur ne guérit jamais pour une raison assez facile à comprendre : j’allais bien évidemment avoir peur d’avoir peur de guérir et cette affection évoluerait inéluctablement, aggravée par ma nosophobie récurrente, en ultime, terrible et incurable thanatophobie  (peur de la mort).

Apopathodiaphulatophobie…

Le médecin venait de sortir et son diagnostic résonnait encore dans ma tête. Après mes dernières, émétophobie (peur de vomir) et coprophobie (peur des excréments) j’étais frappé de la peur terrible d’être…constipé. Et cet illustre spécialiste des phobies qui venait de claquer la porte craignait fortement que celle-ci se double d’une hyppopotomonstrosesquippedaliophobie (peur des mots trop longs) presque inévitable dans mon cas. Certes, pour m’en sortir, il me restait le suicide, mais quelques relents d’une vieille autocheirothanatophobie (peur du suicide) m’empêchaient de franchir le pas.

J’allais, redoutant la constipation, continuer de refuser à m’alimenter et inévitablement  maigrir encore et encore et alimenter ainsi ma dysmorphophobie (peur des anomalies physiques) latente résultant davantage, d’après les conclusions des plus grands spécialistes des phobies, de ma suiphobie (peur de soi-même) remontant sans doute, toujours d’après leur étude attentive de mon cas, à mes tous premiers émois.

Dieu que ma toute première nosophobie (peur d’être malade) était loin, très loin dans un coin secret de ma mémoire… Mémoire qu’étonnamment, je ne redoutais pas de perdre, histoire d’oublier mes phobies passées, présentes et mêmes…futures. Histoire d’oublier aussi ma tendre Fobie.

Je me rappelais même souvent d’un passé récent où, alors qu’elle passait tout son temps allongée en galante compagnie,  je fus frappé, plutôt étrangement et de manière inexplicable, d’une drôle d’apopathophobie (peur de déféquer dans un lieu inconnu) qui demeura toutefois assez longue à diagnostiquer car cette épouvantable phobie m’obligeait, vous vous en doutez bien, à effectuer en permanence le siège du siège de mes toilettes.

Certes,  il m’arrivait parfois, dans mes longs moments de cafard, de souhaiter la mort de ma petite Fobie. Vœu vite oublié car je n’avais aucune certitude que sa disparition marquerait la fin quasi définitive de mes souffrances.

Et voilà que maintenant je ne mangeais plus du tout par crainte d’être constipé. Et cette affection, aussi stupide qu’affolante m’inspira la pensée suivante : « Ma petite Fobie vient sans doute de découvrir des plaisirs insoupçonnés jusqu’alors… »

Pensée aussitôt suivie de cette crainte horrible : «  Que me réserve-t-elle demain? Elle qui a toujours à la bouche les trois terribles mots suivants : «  Même pas peur !  »

 

Phobies

Une nouvelle de BERNARD3D

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